Sans cesse.
Sans cesse cette envie d'aller plus loin, et de refouler les bornes du possible. Afin de sans cesse dépasser les limites, sous le poids accablant de ma propre faiblesse. Je me vois comme un infirme revenu de guerre, pleurant sa propre misère. Sans cesse cette impression de déjà vu, qui fait remonter en moi cette nostalgie des jours qui meurent. Et si le passé s'éloigne à ma vue, je le sens à travers ce sentiment de mélancolie qui m'obsède. Toujours plus loin ! Sans cesse. Pas à pas. Puis échecs et maths. Erreurs et retours en arrière. Je pars comme la fumée qui s'embrouille et s'emmêle en elle-même. Je pars et je me vide. Je voudrais crier et me dire de me retourner. J'en suis bien incapable ! Je suis abandonné et ballotté comme les nuages par le vent ; comme un condamné à la vie. Je suis perdu alors que je me sens pourtant bien réel, dur et mou à la fois, sans cesse courbé par le vent qui se déchaîne à son insu. Il faut que je vous dise qu'il fait beau sur Terre, et pourtant je m'égare, et je me retrouve aveugle. Je ne sens plus le vent qui frémit, ni l'odeur des voitures qui passent, le son de mon piano ne tinte plus à mon oreille comme lors de cet été en Turquie, mais je sens un goût d'acier sur mes lèvres, et les chats qui passent me miaule plaintivement à la figure comme jamais. Je deviens peut-être un étranger du monde, et les passions me passent alors au-dessus de la tête. Peut-être. Je ne sais pas. Je suis perdu car je me suis tût.
Mes mains se crispent, et mes muscles se contractent. Mes yeux se plissent, et mes os se craquent. Une ou deux courbature, et de la fumée dans la bouche, de quoi rendre fous une mère éplorée, ou une femme éperdue. Mais moi j'en reste indifférent, debout face à une mosquée de Paris, sous un ciel gris, et le monde qui me bouscule.